Regard sur Douce France

Présenté en avant-première (sortie nationale cinéma prévue en février 2021), Douce France dresse le portrait enthousiasmant d’une jeunesse qui questionne son rapport à la terre, à la ville, à la consommation, à la société, à la démocratie.Une jeunesse qui saisit son pouvoir d’agir. Et à travers le film, saisit aussi le pouvoir de s’exprimer depuis sa banlieue parisienne. Zoom sur les coulisses de ce film réalisé par Geoffrey Couanon, récompensé du trophée d’argent au festival Green Awards de Deauville 2020.

(extraits d’interview accordée par Geoffrey Couanon, dossier de presse)

Le point de départ du film…

A l’âge d’Amina, Sami et Jennyfer, j’ai travaillé sur les chantiers de mon père qui construisait des bâtiments industriels. J’ai ainsi découvert très tôt, l’étendue des terres que détruisent ces centres commerciaux dans lesquels j’ai également beaucoup traîné.

Quand on est adolescent, comment se positionner par rapport à ces enjeux, par rapport à ses proches ? Une question qui se complique encore selon le milieu socio-économique où l’on grandit.

Pour tenter de répondre à ces questions j’ai décidé de m’intéresser au territoire qui devait accueillir EuropaCity, un projet d’aménagement jusqu’à présent inégalé en France. L’Ile-de-France perd chaque année 1400 hectares de terres agricoles et chaque seconde 2 mètres carrés d’espace naturel. Alors lorsque le projet EuropaCity, gigantesque parc de loisirs et de commerces prévoit de s’installer sur d’importantes terres agricoles en périphérie de Gonesse, les dernières aux portes de Paris, c’est l’exemple criant d’une politique d’aménagement du territoire en totale inadéquation avec les enjeux sociaux et écologiques. Une politique d’un autre temps.

 

Le ton du film

C’est un film « good vibes » que je voulais réaliser, pas une fable moralisatrice. Je me suis donc beaucoup appuyé sur l’humour des jeunes, dans leurs entretiens avec les autres protagonistes, en donnant ainsi un ton léger, drôle. Le film est conçu comme une enquête.

 

Avec un objectif…

Avec ce film, nous voulons faire évoluer les regards sur notre propre territoire.

 Un film de cinéma pour sensibiliser aux enjeux sociaux, citoyens, économiques et agro écologiques

 

La portée du titre

Le titre Douce France permet de jouer avec l’image idéalisée de la campagne d’antan et questionner la place de l’agriculture dans nos vies, la place de la jeunesse et des quartiers populaires au sein du mouvement de transition écologique. Donner à voir une autre image des banlieues, positive, enthousiasmante.

Douce France parce que ce titre porte l’idée d’une déconstruction des frontières cadrant l’imaginaire autour de cette image. Amina, Sami, Jennyfer font partie intégrante de cette Douce France, notre passé et notre futur. Pourtant, la réalité des faits n’est pas aussi intégrative que ce que je peux voir. C’était l’intérêt de ce titre : montrer la distance entre ce qu’on veut et ce qu’on fait.

 

Le choix du lieu, des jeunes

Durant un an, nous avons suivi une classe de 1ère ES du Lycée Jean Rostand de Villepinte.

Dans le groupe, la force de ce trio, leurs questionnements m’ont tout de suite touché. Les suivre coulait de source.

Ces jeunes incarnent l’avenir, c’est leur parole que nous voulions faire entendre. Leurs idées reçues, leurs incompréhensions, leurs questionnements et déclics, leur humour permet de s’identifier à l’éveil d’une citoyenneté active liée au territoire. Leur regard, leurs doutes, racontent aussi beaucoup des enjeux auxquels la transition écologique est aujourd’hui confrontée : comment inclure l’ensemble de la population au mouvement de transition ? Comment repenser l’action militante ?

 

Le rôle des enseignants

Les trois enseignants qui proposent à cette classe de mener l’enquête sont comme les catalyseurs du passage du lycée et du quartier, vers un monde plus vaste. Marie, la professeure de Géographie, très impliquée dans son enseignement, essaye de sortir d’un « tout-théorique » avec les élèves, mais sans perdre de vue le programme. Thomas, professeur de Sciences Économiques et Sociales, fonde son enseignement sur l’interaction. Pour Hanane, professeur de Sciences de la Vie et de la Terre, il s’agit de sensibiliser les lycéens aux enjeux de leur propre alimentation, de leur santé en faisant le lien avec l’agriculture, les sols et les écosystèmes.